L’évidence des œuvres de Dieu le jour du sabbat.

L’Evangile de ce quatrième dimanche de Carême peut être découpé en deux parties :
La première se centrera sur le cheminement de l’aveugle : Jn 9,1-38
La deuxième fera écho de la déclaration de Jésus à qui veut entendre son message : Jn 9, 39-41
Il est intéressant de commencer la lecture par  la 2ème partie du texte  : Etre avec Jésus, comme certains Pharisiens, permet de l’entendre ; c’est une relation d’écoute qui rend capable de s’interroger :  « Serions-nous aveugles ? ».
La déclaration de Jésus peut nous faire accepter que  » ne pas voir » est une chance, une grâce donnée de mieux voir. Entendre sa Parole pour  « ceux qui ne voient pas », (ceux qui ne savent pas , n’ont pas de préjugé) ouvre le dégagement d’un espace nécessaire  pour que les œuvres de Dieu se réalisent et qu’elles soient vues. Jésus parle d’un « jugement« , un positionnement et non une condamnation.

C’est ce qui est raconté dans la 1ère partie de l’Evangile.
Du v. 1 à 7,  Jésus voit un homme qu’il sait né aveugle car le mot grec « voir » utilisé ici est de l’ordre du « savoir ». La question des disciples porte déjà un positionnement, un préjugé sur le péché . Jésus les décale vers une autre perspective : les œuvres de Dieu sont le projet de Dieu ; beaucoup d’acteurs sont appelés, « nous » , »beaucoup de personnes », « je ». Jésus  œuvre, il parle, agit; l’homme aveugle écoute, va , agit et l’œuvre de Dieu se manifeste en lui .

Ce qui s’est passé reste un mystère , mais nous constatons l’essentiel : l’homme « qui ne voit pas » reçoit la capacité de laisser faire et est rendu voyant . Du v. 8 à 34, les acteurs se suivent et vont se positionner par rapport à ce qui est advenu et au sujet de Jésus : les voisins , les uns les autres , les Pharisiens, les Juifs, les parents et l’homme lui-même. Ils questionnent l’homme pour « voir » comment cela est arrivé ; alors que l’important serait de se demander de « voir » qui a œuvré ?Beaucoup restent enfermés dans leur positionnement de préjugé et dénient la parole de l’homme qui n’est plus aveugle. Le péché n’est pas de voir ou non, mais de nier notre aveuglement, notre impossibilité de nous positionner en vérité par rapport à la Parole de Jésus et de ses œuvres . Du v.35 à 38, voilà l’heureuse conclusion du cheminement de l’homme né aveugle dans sa rencontre avec Jésus :
Au début du texte l’homme ne parle pas , ne fait que suivre les paroles de Jésus.

Avec les voisins, l’homme parle de » l’homme qu’on appelle Jésus » et marque une certaine distance. Avec les Pharisiens , l’homme positionne Jésus comme « un prophète ». Au 2ème interrogatoire avec les Pharisiens, l’homme se renforce et s’engage.  Il donne une démonstration ferme de ce qui s’est passé : « Si cet homme ne venait d’auprès de Dieu, il ne pourrait rien faire”. Et il essaye de faire entendre aux Pharisiens « aveugles »,  l’évidence des œuvres de Dieu le jour du sabbat.

L’homme a été balloté de groupe en groupe et permet à chacun de révéler sa position au sujet de Jésus, comme une lumière qui met à jour pour certains, qui n’est pas vu pour d’autres. Le résultat, au v.34, lui vaut d’être jeté dehors !
Et les Pharisiens eux restent dans leur savoir; se sachant « voyants », ils ne peuvent s’ouvrir à cet espace qui  permet la  rencontre avec Jésus, lumière.
Le rejet de l’homme peut paraître un échec , mais par son affirmation sur « Celui qui lui ouvre les yeux », il rencontre à nouveau Jésus et dit sa confiance en Jésus le Fils de l’homme .
Jésus, par sa Parole-lumière, ne cesse de nous libérer un espace nécessaire qui permet « à celui qui ne voit pas », qui ne met pas de préjugés en préalable, comme à cet homme né aveugle, de voir l’œuvre de Dieu en lui et de croire au Fils de l’homme .

  • Acceptons-nous de reconnaître nos zones d’ombre ?
  • Laissons-nous le Christ toucher nos fragilités ?
  • L’humilité n’est-elle pas le début de la vraie lumière ?

Maud (membre du groupe de lecture sémiotique)