Méditation d’Isaïe 7, 1-15
Le signe donne à penser.
Le passage biblique d’Isaïe 7, 1-15 est appelé « oracle de l’Emmanuel ». Le contexte historique nous éclaire pour comprendre et méditer cet oracle. Nous sommes vers 735 avant Jésus-Christ. L’ancien royaume unifié par David est divisé en deux petits royaumes : Israël, au nord, avec Samarie pour capitale, et Juda, au sud, avec Jérusalem pour capitale. Pekach est le d’Israël tandis qu’Achaz devient roi de Juda après avoir succédé à Joatham, son père. Le roi de Syrie Retsin amorce l’invasion de Juda. C’est typiquement le cas de la Russie qui envahit l’Ukraine. Achaz s’inquiète face à la progression fulgurante des armées syriennes sur son territoire. Il est incertain de gagner le combat. Il craint le soulèvement populaire susceptible de le renverser du pouvoir. Étant donné que l’angoisse du roi peut entraîner toute la nation dans la peur, face à cette situation, que faire ? Au lieu d’implorer l’aide de Dieu, Achaz se tourne vers le roi assyrien Tigelath-Pileser le prenant pour un allié. Il fait des concessions avec un homme. Pourtant son pouvoir est théocratique. Mais Dieu ne tient pas compte de l’agir politique d’Achaz. Il envoie le prophète Isaïe pour lui dire de demander un signe dans ce contexte politique difficile. Dans la tradition biblique, la demande d’un signe s’inscrit dans la démarche de confiance en Dieu. C’est également une manière de ne pas céder à la panique qui pousse le roi à faire des alliances avec les nations. Certes, ces nations ont leurs divinités. Ce qui entraînerait le peuple vers l’idolâtrie. En politique comme en Église, la panique peut pousser les dirigeants à prendre de mauvaises décisions. Cependant, Achaz refuse de se laisser guider par Dieu. Il répond au prophète qu’il ne demandera pas de signe. Il ne mettra pas Dieu à l’épreuve.
Le signe donne à penser. Notre monde est caractérisé par une quête effrénée des signes et des prodiges éclatants voire ostentatoires. Nous avons besoin de signes qui nous aident à avancer, qui nous encouragent, qui soutiennent notre foi, qui éclairent notre espérance. Nous avons également besoin de signes qui nous permettent de deviner la présence de Dieu. Les manifestations de ces signes peuvent nous écarter de la substance ou de l’essentiel de notre vie chrétienne. Le signe que Dieu donne à Achaz est destiné aussi bien à Israël qu’à Juda.

Isaïe annonce ce signe : la naissance d’un enfant, fils d’une jeune femme : « Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Dieu n’envoie plus de prophètes pour nous révéler sa bonté et sa bienveillance. Le projet de Dieu se réalise toujours quelle que soit la durée. Dieu prend notre humanité. Il est pour nous le Seigneur de l’univers. Il devient notre contemporain.
Le signe de la naissance d’un enfant d’une jeune femme répond à la logique du schéma promesse/accomplissement. C’est bien Dieu qui conduit l’histoire selon son dessein. Le dialogue entre le prophète Isaïe et le roi Achaz souligne le rapport intrinsèque entre la prophétie et la royauté. Une activité sans le spirituel devient activisme. Une civilisation sans transcendance vacille. Le prophète est aux côtés du roi pour lui rappeler que la fidélité du roi envers Dieu procure le bien-être du peuple. L’écart de conduite du roi a des conséquences fâcheuses sur le royaume et le peuple. Car la royauté est l’émanation de la divinité. Malgré le détournement d’Achaz de son Dieu, Dieu reste fidèle. Quelles que soient les infidélités des hommes, rien n’empêchera la promesse divine de se réaliser. La naissance d’Emmanuel est un signe pour Achaz et pour toutes les nations. Les rois de la terre, les puissants de ce monde, les personnes illustres et célèbres de notre époque disparaîtront. L’enfant pauvre et désarmé qui naîtra bientôt nous enseigne que les moyens par lesquels Dieu parvient à ses fins ne sont pas les nôtres.
Père Benjamin